|
Nous publions ci-dessous un article d'Evelyne Perrin intitulé La Gauche et les Roms. Un article dérangeant pour un élu de gauche car il pointe l'attitude ambiguë de certaines municipalités, de gauche, promptes à dénoncer l'attitude intolérable du gouvernement Sarkozy envers la population Roms, et la vague d'expulsions qui en a résulté, mais qui dans le secret de leur mairie prennent parfois des mesures du même ordre.
L'auteure souligne ainsi le reniement, ou l'absence de cohérence, de maires progressistes qui la main gauche sur le cœur signent de la…….droite un arrêté d'expulsion. Elle oppose cette attitude à celle des associations
qui oeuvrent courageusement sur le terrain dans les villes de droite et de gauche, sans hiérarchiser les personnes, mues tout simplement par le désir d'être utile et la fidélité à leurs engagements.
Un article gênant mais intéressant car il nous renvoit à ces lâchetés que l'on commet immanquablement lorsque l'on en est en situation de gestion et que l'on souhaite conserver cette responsabilité. Un article de qualité qui aurait cependant gagné à aller au-delà du simple constat pour tenter d'expliquer ce qui est à l'origine du divorce entre le discours et la pratique. L'auteure s'engage dans cette voie mais sans aller au fond des choses. Elle n'analyse que partiellement les ressorts de ces comportements. Peut-être cela fera-t-il l'objet d'un prochain article ?
Quoiqu'il en soit, bonne lecture de cet article stimulant !
Philippe Rosaire
______________________________________________________
La violente offensive lancée fin juillet par Nicolas Sarkozy contre les Roms a déclenché une succession sans fin d’expulsions policières de leurs campements de fortune, avec destruction des abris construits, saisie des caravanes, destruction des biens, etc.
Cette succession d’expulsions a introduit une nouvelle et terrible instabilité et précarité dans les stratégies de survie de cette population, tant française qu’européenne – entre juillet et septembre, ce sont 355 camps et 23 000 personnes Roms européens et 199 camps et 5 400 gens du voyage français qui ont été évacuée -, les obligeant à fuir de campement provisoire en campement provisoire, détruisant les efforts d’insertion, de scolarisation des enfants, de suivi médical.
Cette folie raciste a été dénoncée vigoureusement par les associations de défense des droits de l’homme, qui ont lancé un Appel « Non à la politique du pilori », et suscité une manifestation nationale d’envergure le 4 septembre à Paris.
Un peu partout, des comités de soutien se sont créés, qui sont très actifs. Ainsi dans le seul Val de Marne, où selon le Conseil général on compte environ 4 à 500 Roms sur un total de 5 000 en Ile de France, des comités de soutien se sont constitués à Bry, Créteil, Limeil-Brévannes, Villeneuve-le-Roi, Villeneuve Saint-Georges, Vitry – outre ceux qui existaient comme à Saint-Maur -, et d’autres se constituent encore aujourd’hui. Ces comités ont déployé des efforts acharnés pour obtenir la scolarisation des enfants (malgré une opposition farouche de certaines communes de droite comme Bry, et le silence longtemps opposé par l’inspection académique), le suivi médical, l’installation de points d’eau (presque partout refusés)…
Les communes de droite ont manifesté une opposition constante à ces efforts d’insertion et d’aide humanitaire. Cela n’étonnera personne.
Mais concrètement, sur le terrain, quelle est l’attitude des élus de gauche, y compris de la gauche radicale ? Là, les choses se compliquent.
En effet, confrontés à l’arrivée sur leur commune, ces derniers mois, de familles Roms chassées d’anciens campements, de nombreux élus de gauche ont du mal à tenir une position conforme aux valeurs qu’ils énoncent par ailleurs.
Non que la question soit facile à régler. Si les communes de gauche, déjà confrontées la plupart du temps à la concentration de familles paupérisées, à la pénurie de logements sociaux, au défaussement de l’Etat, ne disposent pas de réserves de logements sociaux ou de terrains d’accueil, elles ont tendance à rejeter la responsabilité de la recherche de solutions sur les niveaux d’autorité supérieurs : département, Etat, Union Européenne, et même Roumanie elle-même. Elles peuvent ainsi être amenées à justifier l’expulsion de familles Roms, comme c’est le cas par exemple, pour ne citer que ce cas, au Tremblay-en-France, pourtant dirigée par un maire proche de la FASE et ouvert à l’accueil des sans-papiers et des SDF, et ceci au nom de la lutte contre la précarité.
Les arguments avancés sont en effet toujours les mêmes, frappés au sceau de l’ambiguïté et de la contradiction, et non dépourvus de tartufferie : ces familles vont faire perdurer sur la ville des bidonvilles et elles vivent dans des conditions d’insalubrité indignes. Il faut donc les expulser, au nom de la dignité de la personne humaine…Ainsi répond-on à la misère par son aggravation.
Or, il ne suffit pas de renvoyer aux responsabilités de l’Etat, de l’Europe ou de la Roumanie, même s’il faut le faire. Chacun, citoyen ou élu, dans sa commune, doit contribuer dans la mesure de ses possibilités à la recherche de solutions, même si celles-ci peuvent paraître provisoires, précaires, peu satisfaisantes, même si nous ne sous-estimons pas la difficulté de le faire. C’est notre tâche d’humains, car oui, nous sommes sur une même planète.
|